- Situé dans les Préalpes calcaires de Haute Savoie à une heure de voiture de Genève, ce col de 1618 m nous donne la possibilité d'observer pratiquement toute la panoplie des oiseaux alpins. On y accède par l'autoroute Genève-Chamonix que l'on quitte à Bonneville ou Scionzier. Il est possible de faire un joli circuit en montant p.ex. le matin par le Petit et le Grand-Bornand et en retournant par la Chartreuse du Reposoir l'après-midi.
Lorsque le Tour de France a passé, lorsque les vacances d'été se terminent, le Col de la Colombière redevient un coin sauvage et tranquille. En septembre, de beaux quatorze-cors brâment dans la jungle impénétrable des vernes de l'Almet. En octobre, les chamois caracolent sur les pentes du Bargy pendant le rut, et fin novembre, c'est au tour des majestueux bouquetins réintroduits voici 30 ans de laisser leurs trophées énormes s'entrechoquer. Pendant l'hiver, un silence de mort enveloppe la région, ponctué seulement par les sifflements des vols de Chocards à bec jaune. Les bouquetins se concentrent près de certains couloirs d'avalanches où l'herbe apparaît plus vite qu'ailleurs, et aigles, corbeaux et gypaètes patrouillent quotidiennement pour voir ce que le renard a déterré la nuit pendant laquelle on a cru entendre la Nyctale de Tengmalm dans la forêt au pied du Petit-Bargy..
Au printemps, tout change très vite. En l'espace de quelques jours, l'air est rempli du chant des merles à plastron, traquets tariers, pinsons et autres venturons dans les épicéas. Le tétras-lyre fait entendre son roucoulement au-dessus de l'alpage d'Aufferand au moment où le col est ouvert à la mi-mai après avoir sommeillé sous 5 m de neige tassée dans un des dangereux couloirs côté Reposoir. Les bouquetins descendent par douzaines à la hauteur même du col pour s'offrir la première herbe verte et tendre de l'année, et les marmottes prennent des bains de soleil sur le goudron tiède de la route au petit matin. Avant que les foules arrivent, nous montons le sentier (hélas trop) populaire au Lac de Peyre. Avec beaucoup de chance, on entend la perdrix bartavelle chanter dans les éboulis où le merle de roche est encore assez commun, même s'il est aussi farouche que le splendide gallinacé. Arrivés au lac, nous scrutons les pentes encore enneigées pour apercevoir le vol nuptial de la niverolle. Un sifflement de marmotte retentit: ...et un gypaète passe sous le lac en direction du col du Rasoir où il reste encore une carcasse d'étagne. Derrière la crête de Balafrasse, nous entendons le cri étrange du lagopède que nous ne découvrons que si le coq décide de nous faire une démonstration de parade nuptiale aérienne. Chose qui n'arrive pas à tout instant: l'aigle royal, qui niche dans la chaîne des Aravis toute proche, rôde le long de ces pentes presque tous les jours. Sur la paroi de la Pointe du Midi, à l'extrémité de la crête de Balafrasse, un tichodrome papillonne.
Quelques semaines plus tard, un sentier à flanc nous conduit du col vers les ruines de Montarquis. Nous découvrons une flore resplendissante, le vol des pipits des arbres et spioncelle, le chant méconnu du bruant fou. Dans les falaises qui conduisent vers la Grande Cave gazouille un accenteur alpin, une hirondelle des rochers zigzague devant et un grand corbeau se fait chasser par un père gypaète furibard.
Un groupe de personnes qui arrive avec plusieurs véhicules peut descendre depuis les ruines vers le site du Chalet Neuf au pied du Bargy, et depuis là, vers le parking au pied du téléski. Depuis là, on peut regagner le col avec une des voitures.
Sur le chemin, on traverse des prairies à lis, entend le pic noir dans les bois au chalet où chasse l'épervier et croise des pie-grièches perchées dans les églantiers. Dans le bas de l'alpage, on entend parfois en mai des chants de migrateurs visiteurs d'un jour: huppe, torcol, caille et autres locustelles. Ensuite, c'est vite l'été, et la nature se tait à nouveau...
- Les meilleurs moments pour les observations sont le printemps (mi-mai jusqu'à fin juin) et l'automne (mi-septembre à mi-novembre). Pendant les vacances d'été et certains dimanches, le col est souvent encombré par des visiteurs; mais il suffit en général de faire un petit kilomètre à pied pour échapper à la foule. En hiver, le col est fermé (jusqu'en mai) à cause des avalanches et chutes de pierre; avant l'ouverture au printemps, son accès est plus facile côté Grand-Bornand. Il n'y a pas de transports publics.
- La plupart des courses se font dans un terrain assez sec et rocailleux (pentes exposés au sud-est). Néanmoins, de bonnes chaussures sont nécessaires en toute saison; une paire de bâtons de ski peut s'avérér très utile dans les pentes plus abruptes, sur les névés et dans les terrains boueux, surtout dans le massif de l'Almet. Ne pas oublier un coupe-vent étanche, même par beau temps. Prendre suffisamment à boire; il y a très peu de sources en dehors de l'Almet.
- Les courses les plus faciles durent 4 à 5 heures et conduisent
a) au Lac de Peyre et à la Crête de Balafrasse, juste au-dessus,
b) aux Ruines, à la Grande Cave et au Col de Montarquis, puis
c) à la Pointe des deux heures dans le massif de l'Almet (se garer à l'alpage d'Aufferand, 800 m à l'est du Col; course à faire par temps sec).
Les montagnards chevronnés peuvent se procurer la brochure "32 Randonnées autour de la Chartreuse" à l'épicerie du Reposoir. Il n'est en général pas nécessaire de grimper sur un sommet pour voir certains oiseaux; même les lagopèdes se trouvent dès 1900 m dans les faces nord derrière le col de Montarquis et la Balafrasse. L'escalade de presque tous les sommets comporte certains risques: pentes raides et glissantes, roches pourries, éboulis, lapiaz et itinéraires peu ou pas marqués.
- Comme sur tout sol calcaire en montagne, on y trouve des pelouses et tapis de myrtilles et de rhododendron parsemés d'orchidées, gentianes, campanules, anémones et primevères, ainsi que le lis du paradis en juin et le lis martagon en juillet-août. Le papillion Apollon et la vipère aspic sont communs. Côté mammifères, le cheptel du massif comporte environ 250 bouquetins, 60 chamois et cerfs, des sangliers, chevreuils, lièvres (le variable est rare), renards, blaireaux et martres. En automne, le brâme du cerf est spectaculaire. On trouve ces ongulés des deux côtés du col dans les vernes du Massif de l'Almet à partir de la mi-septembre, de préférence pendant une période de froid.
Une spécialité, observée depuis peu de temps, c'est l'estivage d'un nombre étonnant (max. 7 ind.) de Circaètes qui font souvent le "Saint Esprit" tout près du Col en chassant des vipères aspic. On les voit surtout du côté du Chinaillon, mais aussi jusqu'à Chalet- Neuf et une altitude de 2100m. Ils sont majoritairement des individus immatures à tête blanche.
- Espèces-type d'oiseaux:
Rapaces diurnes: aigle royal, gypaète barbu, épervier, autour, faucon crécerelle et pèlerin, bondrée, circaète et buse. Gallinacés: lagopède, tétras-lyre, perdrix bartavelle. Corvidés: grand corbeau, chocard à bec jaune, casse-noix. Pics: noir, épeiche et vert. Autres passereaux: martinet à ventre blanc, hirondelle des rochers, tichodrome échelette, niverolle, venturon, monticole merle de roche, merle à plastron, traquets motteux et tarier, bruant fou, accenteurs alpin et mouchet, pie-grièche écorcheur, rousserolle verderolle (dans le vallon au sud de la Chartreuse du Reposoir), fauvette babillarde, pipit spioncelle, cincle plongeur, grimpereau des bois, mésanges et roitelets.
Pendant la migration d'automne, une partie des oiseaux transitant par le Col de Bretolet passe par la Colombière ou le long des crêtes sur les pentes ensoleillées: même des cormorans ont été vus à 2300 m d'altitude.
Le gypaète barbu
Disparu des Alpes au début du siècle, ce charognard inoffensif est en train se refaire une place au sein de l'avifaune de la région de la Colombière. Depuis 1988, plus de 30 jeunes oiseaux ont été réintroduits dans ce secteur, et en 1997, la première reproduction sauvage de ce siècle dans les Alpes a réussi dans la région! Les heureux parents sont deux oiseaux relâchés sur place en 1988 et 89. Il est relativement facile d'apercevoir ces géants avec leur envergure de 2,70 m depuis le col même, car contrairement aux aigles, il ne craignent pas l'homme et frôlent souvent des promeneurs sur les crètes à moins de 30 mètres. L'observateur qui n'a pas envie de marcher beaucoup, peut s'installer avec téléscope ou jumelles sur l'alpage d'Aufferand, depuis lequel il domine toute la chaîne de la montagne. Tôt ou tard, il finira par voir un de ces oiseaux passer sur les pentes ensoleillées (pas forcément sur les sommets, plutôt vers 2000 m).
Le gypaète est facile à identifier, même de loin. Les adultes paraissent comme d'énormes faucons gris avec leur longue queue et leurs ailes effilées qui rappellent parfois le vol du goéland. La tête et le dessous du plumage adulte est jaune-crème à ocre ou fauve; l'aigle paraît noir de loin avec, pour les jeunes, des tâches blanches au milieu des ailes et sur le haut des rectrices. Il n'y a que les gypaètes juvéniles qui peuvent paraître noirs (en fait, ils sont brun-chocolat, avec souvent une tâche blanche sur la nuque). Leur surface alaire est plus grande que celle des adultes, ce qui leur donne une allure plus massive, presque comme un vautour moine. Mais comme ils n'ont pas du tout la même silhouette que l'aigle, une confusion est rare. A remarquer que les jeunes individus relâchés conservent pendant 18 à 24 mois des rémiges et rectrices décolorées par lesquelles l'on peut les reconnaître individuellement. Ces marquages sont en général asymmétriques et aucun aigle n'a des rémiges ou rectrices blanches sur toute la longueur de la plume. Prière de communiquer vos observations d'oiseaux marqués à l'association ASTERS (asters@asters.asso.fr), qui a une exposition permanente sur l'histoire et l'écologie de la vallée au Château des Rubins à Sallanches, entre Cluses et Chamonix.
Le gypaète avait été exterminé parce qu'on lui attribuait tous les méfaits imaginables (il tuerait des moutons et volerait même des bébés...). Peu farouche, il était un coup de fusil facile; charognard, il était encore plus souvent victime du poison contre loups, renards et autres "nuisibles". On sait maintenant, qu'il se nourrit surtout d'os et de cartilages et occupe donc une niche écologique unique au bout de la chaîne alimentaire: il mange tout ce que renards, corbeaux et aigles ne touchent pas et peut donc être qualifié d'éboueur utile de la nature. S'il peut subtiliser une marmotte ou un cabri à un aigle, s'il trouve un agneau dévissé, il en profite bien sûr, mais ce n'est pas lui qui l'aura tué. - Le gypaète n'élève jamais plus d'un poussin à la fois, et niche rarement avant l'age de 7-8 ans. Il occupe un territoire qu'il défend contre des congénères et ne vit pas en groupe comme des vautours - il n'y aurait pas assez de nourriture pour un groupe dans une région donnée. - Son territoire de chasse est énorme: jusqu'à 500 km carrés en été; il ne revient donc pas tous les jours au même endroit, à moins qu'il ait un jeune à nourrir. Mais de la mi-septembre à mi-juin, on peut être raisonnablement sûr de voir chaque jour au moins un de ces oiseaux dans la région du col.




