Estremadura Birding Trip report April 2003 (with pictures)

Estremadura Birding Trip report April 2003 (with pictures)
(Pterocles alchata)


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# Posté le vendredi 17 février 2006 10:03

Modifié le mardi 10 juillet 2007 13:16

Estremadura Trip report April 2001

Estremadura Trip report April 2001
(Clamator glandarius)


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# Posté le vendredi 17 février 2006 09:59

Modifié le mardi 10 juillet 2007 12:42

Migration nocturne des passereaux dans le canton de Genève: des chiffres record pour les mois de novembre 1998 et octobre 1999

Migration nocturne des passereaux dans le canton de Genève: des chiffres  record pour les mois de novembre 1998 et octobre 1999
(Glaucidium passerinum)

Le moonwatching: passe-temps pour les nocturnes....

L'intensité de la migration aviaire varie énormément selon les endroits, la saison et les conditions météorologiques. La géographie, la topographie et les périodes de migration des espèces sont quelques-uns des paramètres qui déterminent ces variations. Le canton de Genève et ma commune de résidence (Petit-Lancy, à moins d'un km du Rhône) sont des endroits où la migration entre les Alpes et le Jura est canalisée comme dans un entonnoir. Les travaux de Paul Charvoz et al. (1996) sur le site du Fort-de-l'Ecluse F01/F74 ont abondamment illustré ce fait pour la migration diurne. En revanche, on sait très peu de choses sur l'importance de cette région pour les migrateurs nocturnes.
Le soir du 5 novembre 1998, mon fils Adrien m'informe qu'il vient de remarquer bon nombre d'oiseaux qui défilent devant le disque lunaire qu'il est en train d'observer à l'aide d'un télescope (20-60x). Je constate qu'il y a effectivement un mouvement presque ininterrompu d'oiseaux qui ressemblent à des grives Turdus sp., environ un oiseau toutes les 10 secondes (quelques cris de Grives musiciennes Turdus philomelos et de Grives mauvis Turdus iliacus ont également été notés pendant la période d'observation). Comme le décompte d'oiseaux devant le disque de la pleine lune (décrit chez Lichti et.al.(1996) et pratiqué par la Station ornithologique suisse depuis plusieurs années) est une pratique fatigante pour les yeux, je décide d'enregistrer ce phénomène au moyen d'une caméra vidéo dotée d'un objectif permettant des grossissements jusqu'à 60 x. Par rapport à l'observation à travers un télescope, cette méthode décharge l'observateur de la nécessité du comptage sur le moment, si bien qu'il peut se concentrer sur l'enregistrement et compter plus tard sur l'écran du téléviseur. Par contre, l'inconvénient est dû à la résolution limitée de l'image vidéo qui rend plus délicate l'identification des oiseaux. Mais une personne peut observer directement pendant que l'autre filme.
Résultat: en 60 minutes (de 21.40h à 22.40h ) 232 silhouettes d'oiseaux sont dénombrées, la presque totalité semblant se rapporter à des turdidés. Après envoi de l'enregistrement à la Station de Sempach, ses collaborateurs, Mme Barbara Trösch et M. Peter Dieter, me confirment qu'il s'agit du chiffre le plus élevé jamais constaté en Europe depuis le début de leurs travaux dans ce domaine. Se basant sur les silhouettes visibles sur l'enregistrement, puis sur deux modes de calcul et d'extrapolation (décrits dans Peter, Trösch & Lücker 1999), ils arrivent à estimer un taux de migration MTR (migration traffic rate) de 15440 à 18850 oiseaux, ce qui correspond à une approximation du nombre d'oiseaux ayant passé en une heure sur un front d'un kilomètre. Partant de l'hypothèse que ce flux a duré pendant au moins 5 heures sur les 15 kilomètres de largeur du bassin lémanique à cet endroit (entre le Jura gessien et le Mont Salève F74), les mêmes auteurs estiment à plus d'un million le nombre d'individus ayant dû traverser cette partie de la Suisse romande pendant cette nuit. Auparavant, les valeurs MTR les plus élevées jamais enregistrées par l'équipe de Sempach dataient du 19 septembre 1994 et avaient été relevées à la limite nord des Alpes. Les estimations variaient alors entre 4000 et 8000 individus (par heure et kilomètre de front) pour cet endroit. La nuit du 5 au 6 novembre 1998, d'autres observateurs en Suisse ont fait le même type de relevés, mais les résultats n'étaient pas comparables. Ainsi a-t-on enregistré 31 oiseaux en 13 minutes (de 21.,47 h à 22h) à Nottwil LU, ce qui donne certes une valeur MTR assez élevée (964 -12060 oiseaux/heure/km). Hélas, la faible durée de l'observation ne permet pas de tirer des conclusions aussi significatives que les chiffres du Petit-Lancy. Enfin, le même soir à Airolo TI, un seul oiseau a passé devant la lune (de 23h à 23.55h, mais seulement 40' d'observation effective selon les auteurs ).
L'explication du phénomène romand venait du fait que l'Allemagne et le nord des Alpes avaient été bouchés pendant plusieurs jours par un couloir de basse pression qui avait complètement arrêté la migration. Le 5 novembre, une crête de haute pression apportait des conditions favorables (des vents faibles de nord-est et une excellente visibilité) à une masse d'oiseaux qui avaient dû patienter plusieurs jours. Le lendemain en revanche, la migration fut très faible malgré le temps calme et stable.
Mes observations pendant les périodes de pleine lune entre les mois de mars et mai 1999, ainsi que le mois d'août 1999, n'ont jamais produit des chiffres du même ordre de grandeur. En revanche, le soir du 27 septembre, 98 oiseaux passent en 46 minutes (de 23.00 à 23.46 h), ce qui donne une MTR de 8899 oiseaux par kilomètre de front et heure. Le 21 octobre 1999, 45 individus sont observés en 35 min (de 22.30 à 23.07h, MTR : 6098 oiseaux/km*h), ce qui augurait d'une bonne suite. Le 26 octobre, le chiffre monte à 124 oiseaux en 42 minutes( de 22 à 22.30h, et de 23.oo à 23.45h), MTR : 12088 oiseaux/km*h, et le 27, j'observe 183 oiseaux en 75 min., mais sans pouvoir les filmer, ce qui exclut le calcul d'une MTR précise.
J'arrive à identifier par leur silhouette et/ou leurs cris 3 mouettes Larus sp., 2 rapaces nocturnes, 3 Alouettes des champs Alauda arvensis, 4-5 hirondelles, ainsi que 4-5 probables corvidés qui volaient à contresens (après 22 h!). J'entends également une cinquantaine de cris de Merles noirs Turdus merula, 2 cris de Grive musicienne et 16 cris de Grive mauvis. Les chiffres évoqués ci-dessus peuvent probablement être majorés de 15 à 30% , car ce jour-là, bon nombre d'oiseaux sont restés invisibles sur l'écran TV à cause de son faible pouvoir de résolution
A relever qu'entre le 22 et le 27 octobre 1999, il n'y eût pas de situation météorologique analogue à celle du 5 novembre 1998. Pour la fin du mois d'octobre 1999, on ne peut pas parler de situation exceptionnelle de blocage de la migration.
Ces chiffres confirment l'importance de l'endroit pour la migration nocturne. Vu la durée des périodes d'observation, on peut affirmer que pendant les deux nuits (cumulées) du 26 et 27 octobre 1999, il y a eu une intensité de migration comparable avec un MTR proche de celui de la nuit record du 5 novembre 1998. Le novembre 2000, au moins une nuit a également livré un chiffre comparable (156 oiseaux en 60 min.) mais la bande vidéo n'a pas encore été analysée.
A l'avenir il va donc falloir continuer nos recherches à cette époque (très tardive) de la migration, surtout pour améliorer nos connaissances sur la composition des espèces qui migrent à cette époque.


Bibliographie:
CHARVOZ, P., J.-P. MATERAC & M.MAIRE (1996) : La migration postnuptiale visible en 1993 au défilé de Fort l'Ecluse (Haute-Savoie & Ain) près de Genève. I.Rapaces diurnes, Cigognes, Pigeons et Corvidés. NO 43: 261-288

LIECHTI, F., D. PETER, R. LARDELLI & B.BRUDERER (1996) : Herbstlicher Vogelzug im Alpenraum nach Mondbeobachtungen - Topographie und Wind beeinflussen de Zugverlauf. Ornithol. Beob. 93: 131-152

PETER, D., B.TROESCH & L.LÜCKER (1999): Intensiver Vogelzug im Spätherbst als Folge einer Stauentladung. Ornith. Beob. 96: 285-292



Lutz LÜCKER, 5, ch. du Fort-de-l'Ecluse, CH-1213 Petit-Lancy
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# Posté le jeudi 16 février 2006 17:33

Modifié le mardi 10 juillet 2007 12:42

Lagopèdes: Spécialistes de survie en fourrure polaire

Lagopèdes: Spécialistes de survie en fourrure polaire
Pour affronter froid et carnivores, les lagopèdes ont plus d'un tour dans leur sac.


Un col sans nom sur la frontière linguistique entre Montana et Loèche-les-Bains. Après la tempête de cette nuit, le paysage est d'un blanc immaculé. Soudain, au tournant d'une vire battue par le vent, une grosse boule de neige sur le sentier explose - la poudreuse gicle partout. Avec un craquètement guttural, comme venant d'un xylophone d'un autre temps, un lagopède s'envole brutalement. J'avais failli marcher sur l'oiseau qui se pose à quelques cinquante mètres de l'arête! Il m'épie avec curiosité, sa tête dépassant de justesse un gros caillou qui lui sert se paravent. Dieu sait depuis combien de temps il n'a pas vu d'êtres humains dans ce coin peu couru. Je ne figure pas sur sa longue liste d'ennemis naturels; sa fuite n'est que le résultat de la surprise. Lentement, je m'approche du coq blanc. Je regarde ailleurs, m'assieds de temps en temps pendant quelques minutes et fais semblant de ne pas m'intéresser à lui. Petit à petit, il se calme et se blottit derrière son caillou. Je finis par me trouver à deux pas du petit tétraonidé qui semble être certain que je ne l'ai pas remarqué. Après quelques minutes, j'ose le regarder droit dans les yeux, et ce n'est qu'après un quart-d'heure qu'il décide de partir. Discrètement et à pied, en ignorant superbement ma présence. Pas parce qu'il aurait peur, mais il est temps d'aller picorer quelques maigres graines d'herbe sur la crête.
Le lagopède, c'est une relique glaciaire de l'ère quaternaire. Dans les régions arctiques du globe, ces volatiles nichent encore à 7 degrés du Pôle nord, au Groenland et sur Ellesmere Island au Canada. Là-haut, tous leurs prédateurs, faucons gerfauts, chouettes harfangs, renards et loups sont blancs aussi. Carnassiers et proies jouent à un jeu de cache-cache éternel, où la règle principale est de ne pas se faire repérer. Mais comment faire en été, lorsque la neige fait place à un tapis de végétation? C'est simple: chaque année, le lagopède subit trois mues. Son plumage estival est également un camouflage hors pair. Finement bariolé de gris, brun et noir, il devient blanc en automne. Chaque plume du corps et doublée d'une autre, plus petite, ce qui augment considérablement le pouvoir isolant de sa “ fourrure polaire ”. Son point de thermo-neutralité, la température à laquelle il peut subsister pendant des heures sans se nourrir, se trouve entre 0 et -5 degrés. (Chez un moineau, cette température oscille autour de 18°.) Si le froid descend de -5° à -25°, l'oiseau est obligé d'absorber une double ration de calories journalières pour survivre. Difficile lorsqu'un blizzard sévit! La seule parade consiste donc dans la technique de l'igloo. Le lagopède se laisse ensevelir; dans son trou à neige, la température reste “ agréable ”. En revanche, les oiseaux doivent haleter pour se refroidir lorsque la température dépasse +15°, raison pour laquelle on les trouve surtout dans les faces nord de nos montagnes, parfois au-dessus de 3000 mètres.
Mais de quoi se nourrit-on dans un univers si inhospitalier? De pousses de myrtilles pleines de protéines, de feuilles d'azalées, d'airelles, de raisins d'ours et de thym, de bourgeons de saule pygmée ou de rhododendrons bourrés de glucides, de baies de camarine, de mousses et de lichens. Pour atteindre cette végétation basse, le lagopède suit volontiers un troupeau de chamois ou de bouquetins qui lui “ font la trace ” dans la neige profonde. L'oiseau est à l'aise dans la poudreuse comme sur la glace. Ses pieds sont emplumés, de véritables bottines fourrées qui servent de raquette à neige équipée de crampons: en effet, les griffes du lagopède sont deux fois plus longues maintenant qu'en été.
Reste le problème des prédateurs. En Ecosse, on a observé que les lagopèdes semblent apprécier la proximité des pistes de ski, peut-être parce qu'ils y sont à l'abri des farouches aigles royaux. Mais les câbles des remontées mécaniques sont des pièges mortels par temps de brouillard. Le lagopède mène donc une existence
semée d'embûches. On peut alors se poser la question si une chasse sans quota, encore autorisée dans certains cantons, se justifie encore. Comme on a vu, il y a peu d'animaux aussi faciles à tirer que ce volatile confiant.
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# Posté le jeudi 16 février 2006 13:27

Modifié le mardi 10 juillet 2007 13:16

Première nidification réussie d'un couple de Gypaètes barbus Gypaetus barbatus dans l'arc alpin au 20ème siècle

Première nidification réussie d'un couple de Gypaètes barbus Gypaetus barbatus dans l'arc alpin au 20ème siècle
UNE PAGE SE TOURNE....

Le soleil d'août cogne impitoyablement sur l'alpage qui résonne avec le bourdonnement de milliers de mouches, syrphes et autres taons. Le merle de roche a cessé de chanter, on n'entend plus les gammes des pipits spioncelles. Rarement, le son métallique d'un jeune venturon retentit dans les pins à crochet rabougris dans la paroi qui me donnent un peu d'ombre. Depuis plusieurs heures, mes yeux sont rivés sur l'Oiseau, lui, le seul, l'unique..... Le premier Gypaète barbu né en liberté dans tout l'arc alpin depuis près d'un siècle. Cela fera bien 4 mois que nous le guettons de loin avec discrétion. Je me souviens des déceptions initiales: premiers accouplements des parents sans résultats. L'hiver suivant, disparitions répétées du mâle et nouvel échec. Puis, l'année dernière, le premier oeuf ... abandonné après 3 semaines d'incubation. Je me souviens des moments de joie intense qui ont suivi: la découverte du mâle qui couvait la deuxième ponte un dimanche matin en février - il y avait 20 cm de neige fraîche et le ciel était limpide après une semaine de brouillard et d'incertitudes. Ensuite, début avril, premiers apports de nourriture vers l'aire sur laquelle la femelle s'agitait à intervalles réguliers : une éclosion avait eu lieu! Quelques semaines plus tard, une petite tête grise qui se levait pendant de brefs instants un peu au-dessus de la dépression du nid. En juin, le jeune se dressait sur ses pattes et commençait à battre des ailes avec vigueur. Et maintenant, la longue attente... Plusieurs fois déjà, j'avais pensé que l'oiseau allait perdre l'équilibre et se fracasser 150 m plus bas au pied de la falaise. Mais il est devenu prudent, le "petit", et fait ses exercices de vol face à la paroi. Or, aujourd'hui, quelque chose est différent. L'oiseau semble nerveux, impatient, agité. De plus en plus souvent, il oublie le risque et se met face au vide. Enfin, après quelques battements puissants des ses ailes plus larges que celles des adultes, je crois voir un reflet dans son oeil qui traduit un instant de détermination. Il se baisse pendant une fraction de seconde et saute dans le vide! Ce fut un acte délibéré, pas un envol accidentel comme il arrive si souvent dans le monde des grands rapaces. Cet envol, non, il n'avait rien de majestueux. Le jeune virevoltait plutôt comme une feuille morte en battant des ailes d'une manière incontrôlée avant de tomber dans les herbes heureusement assez hautes pour freiner son impact. Un véritable atterrissage de fortune. Néanmoins, le moment restera gravé dans ma mémoire. Je sais que 200 m plus loin, un observateur professionnel était censé regarder le même spectacle que moi. L'a-t-il vu comme moi ? Ou est-ce que la chaleur, un insecte impertinent, un moment d'inattention l'ont empêché d'approcher ses yeux du téléscope au bon moment ? Peu importe, mais il y a des moments dans la vie que l'on n'aimerait manquer pour rien au monde. On oublie caméra et appareils photos, tétanisé par l'événement. Il n'y a qu'une chose qui compte: je l'ai vu ! D'autres gypaètes naîtront chez nous, ceci semble acquis maintenant, mais celui-là, je l'ai vu partir...!
Et maintenant ? Trois semaines plus tard, le jeune oiseau a déjà une dextérité incroyable en vol. Il se joue des éperviers et buses qui le houspillent et passe même à la contre-attaque. Certes, il est encore dépendant de la nourriture que les adultes lui apportent ... de moins en moins souvent. Il finira par les suivre dans leurs perégrinations quotidiennes pour apprendre comment on trouve un animal mort en se laissant guider par le chahut des corbeaux et chocards.
Et alors ? Eh bien, Paul Géroudet avait donc raison. La preuve est faite qu'un couple de gypaètes peut se reproduire chez nous malgré toutes les embûches de notre ère moderne. Grâce à un travail patient de
persuasion, les responsables de ce projet international de réintroduction sont parvenus à réduire considérablement le danger de braconnage dans les régions où ces oiseaux sont lâchés. Mais ne crions pas encore victoire. Il subsiste assez de dangers pour que la réussite de cette action demeure hautement aléatoire encore pendant longtemps: des câbles de haute tension et de remontées mécaniques menacent partout, et il est difficile de convertir tous les fous de la gâchette et du poison anti-"nuisibles" dans un périmètre aussi vaste que les Alpes. Jusqu'à ce qu'une vrai population indépendante se soit établie sans que l'on soit obligé de la soutenir par des apports réguliers de captivité, beaucoup d'eau coulera encore sous les ponts de Genève.
Et après ? L'homme osera-t-il faire le pas suivant qui semble si logique après le bouquetin, le castor, le lynx et le roi de nos cimes ? Pourra-t-on trouver un consensus assez large dans nos populations pour permettre le retour de l'ours et du loup ? Il est vrai que les mentalités évoluent. Mais c'est un processus très lent qu'il faudra accélérer par une éducation à tous les niveaux. Tout le monde doit essayer d'y contribuer... modestement mais avec détermination....

Historique

Le dernier Gypaète alpin avait été tué au début de ce siècle dans le Val d'Aoste (FCBV 1997), la dernière reproduction certifiée remonte probablement aux années 1880. Plus de dix ans après le début de l'ambitieux projet de réintroduction de l'espèce, le couple qui s'était formé en 1993 en Haute-Savoie a enfin réussi à élever un jeune en liberté. Il s'agit des oiseaux qui avaient déjà tenté une nidification en 1996 (LÜCKER 1997), mais abandonné la couvée après trois semaines. Le mâle est très probablement un oiseau né à Innsbruck en 1988, appelé Melchior et lâché non loin du site de reproduction. La femelle peut être identifiée avec certitude: il s'agit de l'oiseau Assignat, originaire du Zoo de la Garenne à Le Vaud/VD. Elle avait été lâchée en 1989 au même endroit.
De novembre 1996 jusqu'en octobre 1997, j'ai passé 72 jours dans la région où se trouve l'aire des oiseaux, aire déjà construite au printemps 1993, huit mois avant que j'observe les premiers accouplements. Pendant cette période, j'ai comptabilisé 280 h de contact avec les oiseaux.
L'après-midi du 24.novembre 1996, malgré des dérangements répétés par des parapentes et avions de tourisme, les oiseaux s'accouplent. En décembre, ils effectuent souvent des vols synchrones, chassent avec férocité les aigles royaux (Aquila chrysaetos) qui empiètent quelquefois sur leur territoire et recommencent à recharger leur aire. De plus, ils passent beaucoup de temps sur ou près de leur aire à se nettoyer mutuellement le plumage de la tête ("allopreening"). Mais ce n'est que le 12 janvier 1997 que je vois à nouveau un accouplement, curieusement à moins de 20 m d'un jeune Aigle royal posé. Cet "exhibitionnisme" était probablement une manifestation d'ordre territorial. D'autres accouplements suivent le 29 janvier, ainsi que les 1, 2, 8 et 9 février. Les oiseaux, surtout le mâle, s'attaquent à tout Aigle, Buse(Buteo buteo) ou Grand Corbeau (Corvus corax) près de leur aire, même des Corneilles (Corvus corone) et Chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) deviennent la cible de leur ire. La météo de la semaine du 10 février est très perturbée. Il n'y a pas de signe de nidification et le doute s'installe. En 1996, le premier oeuf avait été pondu entre le 7 et 10 février. La date limite semble atteinte.
Enfin, le matin du 16 février 1997, une épaisse couche de neige poudreuse recouvre les montagnes sous un ciel serein... et je découvre à nouveau une petite tache noire au bord du nid: le bout de la queue du mâle qui couve pendant que la femelle tourne de temps en temps à l'horizon. Pendant 8 semaines, je vois très peu les oiseaux qui sont devenus très discrets. Ce n'est qu'en fin de matinée en général que l'on peut les apercevoir brièvement lorsqu'ils se relayent, en principe entre 10 et 12h. Peu avant l'éclosion du jeune, nous avons quelques frayeurs; en effet, des manoeuvres militaires se déroulent à 600 m de l'aire: avec héliportage de troupes sur le sommet de la montagne pendant toute une matinée. Enfin, selon l'Agence Pour l'Etude et la Gestion de l'Environnement , l'éclosion a lieu le 11 avril (APEGE 1997). Le 12, je suis sur les lieux et assiste à un nourrissage juste avant midi. Pendant les trois premières semaines, les adultes nourissent le poussin toutes les 75 à 110 minutes, mâle et femelle continuent à se relayer, mais sauf exception, ce n'est que la femelle qui donne la becquée au petit. Ces nourrissages ne durent que 5 à 13 minutes au début, pour devenir plus longues ( 15 à 28 min.), mais aussi beaucoup plus espacées au mois de mai. (Le 15 juin, un des repas a même duré 53 minutes). Le 3 mai, le mâle a nourri le jeune deux fois, la femelle étant absente pendant plusieurs heures.
Le 2 mai, les collaborateurs de l'APEGE, qui observent le nid à une distance de 350 m, voient le poussin bouger pour la première fois (APEGE 1997). Posté à 800 m, je dois attendre le 17 pour voir une petite créature couleur gris poussière étirer ce qui va devenir plus tard des ailes d'une envergure d'environ 2,60 m. Le 31 mai, c'est la dernière fois que je vois un adulte passer la nuit avec le jeune au nid. Au petit matin du 15 juin, il se trouve seul dans l'aire.
Pendant l'été, les personnes qui surveillent le jeune n'ont pas trop de problèmes. Le temps froid et humide de juillet dissuade la plupart des promeneurs, et ce n'est qu'en juin et au mois d'août qu'on voit de temps en temps un montagnard descendre des sommets par une pente dangereuse et souvent glissante à 350 m de l'aire. Les adultes ne sont pas aussi craintifs que des Aigles royaux et supportent ces dérangements occasionnels tant bien que mal, moins bien en tout cas que les parapentes qui décollent parfois à la verticale de l'aire! Fin juillet, les apports de nourriture au nid deviennent plus rares (souvent, plus qu'un seul par jour), et le 5 août à 9 heures du matin, seul un adulte se pose pendant quelques secondes à côté du jeune, dont les exercices de vol sont devenus de plus en plus frénétiques ces derniers jours. A cause du danger de perte d'équilibre, l'oiseau avait en général pratiqué ses ébats face à la falaise. Les parents restent présents sur le site, mais ne reviennent plus au nid. A 13.23 h, après de longues hésitations, le jeune se met face au vide et s'élance finalement et délibérément dans les airs... pour atterrir moins de 10 secondes plus tard dans l'herbe haute après avoir effectué une descente virevoltante comme une feuille morte. Comme par hasard, un Aigle royal passe peu après et se voit violemment pris en chasse par Melchior. Ce jour-là et le lendemain, notre jeune "Phénix" ne volera plus et préférera la promenade et l'escalade au transport aérien, mais le matin du 7 août, les vrais exercices de vol débutent. D'abord brefs et pas toujours très réussis (1 à 5 minutes par vol, 5 à 13 minutes par jour), ces vols se multiplient vite. Après le 15 août, l'oiseau vole jusqu'à environ une heure par jour, jusqu'à 18 minutes d'affilée le 20. Un seule fois, le 19, il se pose à nouveau sur l'aire, mais ceci devait rester anecdotique. Il choisit très vite un perchoir nocturne à environ 200 m de distance, perchoir déjà fréquemment utilisé par ses parents. Le 27 août, Phénix partira pour la première fois avec ses parents en quête de nourriture de l'autre côté de la vallée (J.Heuret, comm.pers.) et le 31, je le vois revenir en direction du nid à 1,5 km de là. Dès le 19 août, il prend goût au jeux aériens avec les Chocards qui le houspillent et tous les petits rapaces diurnes de la région. Il passe souvent de longs moments en joutes avec Eperviers (Accipiter nisus), Buses variables, Faucons crécerelles (Falco tinnunculus) ou un Busard des roseaux (Circus aeruginosus) migrateur.
Fin septembre, à l'époque du brame des cerfs, je vois le jeune seulement en fin d'après-midi lorsqu'il rentre au perchoir nocturne entre 16.15 et 17 h.
Le matin, il est perché à 200 m des adultes qui - contrairement à leurs habitudes - partagent maintenant la même vire. Parfois, ce n'est qu'à 9, ou même 10 h du matin, que les oiseaux s'envolent un par un; je ne les ai jamais vu parcourir une grande distance à trois. Début octobre, Phénix commence à "découcher" et on le voit à des endroits assez éloignés comme au Col de Bretolet/VS (C.Schönbächler, comm.pers.). Le 8, les adultes sont en train de ramasser des matériaux de construction qu'il apportent dans une cavité à 200 m de l'aire. Le 18, je vois le jeune au perchoir nocturne pour la dernière fois. A la fin du mois, il ne revient plus, mais on l'aperçoit dans une chaîne de montagne voisine à moins de 10 km du nid (J.Heuret, comm.pers.).
Une page s'est donc tournée. Paul Géroudet avait raison: un siècle après sa disparition, le Gypaète barbu est à nouveau capable de survivre et de se reproduire dans les Alpes. Mais il est encore trop tôt pour crier victoire. Le récent braconnage de la femelle Républic 5 (lâchée en Haute-Savoie en 1993) près de Crans-Montana/VS démontre bien que le sort des oiseaux réintroduits et nés sur place continuera à dépendre de moult facteurs: de l'évolution des mentalités dans la population, mais aussi du paysage (lignes à haute tension, remontées mécaniques) et, localement, du cheptel des ongulés sauvages et domestiques. La question à laquelle personne ne peut répondre avec certitude est surtout de savoir de combien de couples reproducteurs une population saine a besoin pour pouvoir survivre à long terme sans être tributaire d'apports artificiels, qu'ils soient ponctuels ou réguliers. Il est à espérer que le financement de ce projet d'envergure permettra sa continuation pendant encore une, voire deux décennies.

Premier postscriptum:

Des gypaètes et des hommes

Réintroductions - L'ornithologue romand Paul Géroudet a été remercié pour son engagement en faveur des espèces en danger

A l'âge de 82 ans, le célèbre naturaliste genevois Paul Géroudet vient de recevoir une distinction peu commune. Un jeune Gypaètes barbu, né le 4 mars au zoo de Prague et relâché le 14 juin à l'alpage de Doran au-dessus de Sallanches en Haute-Savoie, a été officiellement baptisé « Pablo », en hommage à l'effort du savant suisse qui avait initié la réintroduction de cette espèce dans les Alpes en 1973.
Ornithologue, homme de terrain, pédagogue et philologue, cofondateur de la Société zoologique de Genève, Paul Géroudet est l'auteur de la plus grande série de livres en français consacrés aux oiseaux d'Europe, ce qui lui a valu le titre de Docteur honoris causa des universités de Genève et de Neuchâtel. Pendant plus de 50 ans, il était le rédacteur principal de la revue « Nos Oiseaux », devenue grâce à lui un des trois grands périodiques ornithologiques francophones de renommée internationale, dans laquelle il a publié plus de 400 articles, notes et chroniques saisonnières de sa propre plume. Infatigable défenseur de la nature et des espèces menacées, Paul Géroudet lança avec son ami français Gilbert Amigues l'idée de réintroduire des gypaètes barbus, disparus depuis le début du siècle, dans les Alpes haut-savoyardes près de Genève. Ce qui était alors un rêve que d'aucuns taxaient de farfelu ou fou, est aujourd'hui devenu réalité.
Dans quatre endroits différents dans la chaîne alpine, (en Haute-Savoie, au Parc national Mercantour-Argentera dans les Alpes maritimes, au Parc national suisse/ GR et dans les Hohe Tauern en Carinthie/Autriche) on relâchera cette année huit jeunes gypaètes nés en captivité qui prendront leur envol en juillet comme les 90 autres congénères mis en liberté depuis le début du programme en 1986. Malgré quelques cas déplorables de braconnage, le projet a connu les premiers succès : depuis 1997, un couple de ces oiseaux majestueux se reproduit régulièrement près de Genève. Deux autres couples nourrissent des jeunes sur sol italien au sud de notre Parc national. De plus en plus observations nous viennent des Alpes romandes, et même du canton de Genève ou du Jura vaudois !
Dans le cadre d'un programme Life Nature cofinancé par l'Union européenne, on tentera notamment d'identifier et de réduire les facteurs de mortalité (lignes électriques, câbles,) et de perturbation (activités de loisirs) qui mettent encore en danger la réussite globale du projet. De plus, il s'agira d'étudier les potentialités alimentaires d'origine domestique et sauvage pour ces oiseaux et, si possible, favoriser leur extension.
Les jeunes oiseaux, plus grands qu'un aigle royal, mais de la même couleur brunâtre, sont systématiquement marqués par la décoloration (en général asymétrique) de certaines rémiges et rectrices. Ces marques, souvent visibles à l'½il nu, constituent en quelque sorte la plaque d'immatriculation de chaque oiseau, jusqu'à ce qu'il ait perdu toutes ces plumes au cours de la mue au bout de deux ans. Grâce à elles, on peut suivre les pérégrinations souvent complexes des jeunes oiseaux émancipés qui sillonnent nos montagnes pendant des années avant de se cantonner dans un secteur qui leur convient.
De l'avis de Paul Géroudet, l'homme a simplement essayé et réussi à réparer une faute commise par ses ancêtres qui avaient éliminé de l'arc alpin un charognard inoffensif et utile, croyant que ce géant ailé impressionnant s'attaquait au bétail, au gibier et même aux nourrissons ! Il reste à espérer qu'un jour, une population de gypaètes viable sans apports artificiels se sera constituée et que l'homme puisse considérer la réintroduction de cette espèce comme un chapitre clos.

Genève, printemps 2000

Postscriptum en bémol:

Encore un Gypaète barbu victime de la bêtise humaine
Les conflits directs et indirects avec l'homme sont une menace sérieuse pour tout le projet.

Un nouveau cas de braconnage de Gypaète a été reporté des Alpes Maritimes ! - "Mounier", un
gypaète né au zoo de Dresden/RFA et lâché en 1993 dans le Parc national du Mercantour, a été retrouvé mort par un pêcheur le 11 mars dernier sur la commune de Bollène Vésubie. Un premier examen radiologique a permis de détecter la présence de deux plombs, assez gros, l'un au niveau des vertèbres cervicales et l'autre de l'abdomen ! Après quelques incursions dans le massif des Ecrins, Mounier fut observé à plusieurs reprises dans celui de l'Argentera-Mercantour, où il s'était sédentarisé. Il avait atteint l'âge adulte et portait tous les espoirs d'une future reproduction.

Depuis le début du programme international de réintroduction du gypaète barbu dans les Alpes en 1987, il
s'agit au moins du cinquième cas de braconnage; plusieurs autres disparitions sont difficiles à expliquer
autrement. En Suisse, on se souvient encore de l'abattage d'un autre oiseau adulte, REPUBLIC 5, à
Crans-Montana.

Selon l'organisation ornithologique romande Nos Oiseaux, et le réseau Gypaète & Alpes romandes, les
observations récentes de ces charognards ont été peu fréquentes en Valais. Quelques oiseaux ont été
recensés en automne sur les Dents-du-Midi, dans la région du col du Sanetsch près de Derborence, au
barrage du Zeuzier et au col de Cou/Bretolet au-dessus de Champéry. La plupart étaient des “ voisins ” venant
de la Haute-Savoie, mais un de ces géants ailés était Veronika, jeune oiseau lâché en 1999 au Parc National
Suisse dans les Grisons ! Elle avait donc fait un voyage de plusieurs centaines de kilomètres en quelques
semaines.

La survie de ces oiseaux majestueux et la réussite de ce projet ardu et coûteux dépendra surtout de la mortalité
non naturelle des gypaètes. Si trop d'individus disparaissent, victimes de braconnage ou de collisions avec les
nombreux câbles qui sillonnent les Alpes, il est à craindre que la fécondité des quelques rares couples qui ont
commencé à se reproduire dans l'arc alpin, ne suffira pas à compenser les pertes. Une lueur d'espoir quand
même : un couple est en train d'élever son quatrième poussin en quatre ans. Une belle réussite qui témoigne de la faisabilité du projet - si l'homme le veut bien !


Bibliographie

APEGE (Agence Pour l'Etude et la Gestion de l'Environnement) (1997): Communiqué de presse - Reproduction in natura de Gypaètes barbus dans les Alpes françaises.
FCBV (Foundation for the Conservation of the Bearded Vulture) (1997): Le Gypaète dans les Alpes. Wien.
LÜCKER,L.(1997): Première tentative de nidification d'un couple de Gypaètes barbus Gypaetus barbatus issus de réintroduction dans les Alpes et remarques comportementales. Nos Oiseaux 44:



Lutz Lücker, 5,chemin du Fort-de-l'Ecluse, CH-1213 Petit-Lancy
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# Posté le jeudi 16 février 2006 13:08

Modifié le mardi 10 juillet 2007 12:21