UNE PAGE SE TOURNE....
Le soleil d'août cogne impitoyablement sur l'alpage qui résonne avec le bourdonnement de milliers de mouches, syrphes et autres taons. Le merle de roche a cessé de chanter, on n'entend plus les gammes des pipits spioncelles. Rarement, le son métallique d'un jeune venturon retentit dans les pins à crochet rabougris dans la paroi qui me donnent un peu d'ombre. Depuis plusieurs heures, mes yeux sont rivés sur l'Oiseau, lui, le seul, l'unique..... Le premier Gypaète barbu né en liberté dans tout l'arc alpin depuis près d'un siècle. Cela fera bien 4 mois que nous le guettons de loin avec discrétion. Je me souviens des déceptions initiales: premiers accouplements des parents sans résultats. L'hiver suivant, disparitions répétées du mâle et nouvel échec. Puis, l'année dernière, le premier oeuf ... abandonné après 3 semaines d'incubation. Je me souviens des moments de joie intense qui ont suivi: la découverte du mâle qui couvait la deuxième ponte un dimanche matin en février - il y avait 20 cm de neige fraîche et le ciel était limpide après une semaine de brouillard et d'incertitudes. Ensuite, début avril, premiers apports de nourriture vers l'aire sur laquelle la femelle s'agitait à intervalles réguliers : une éclosion avait eu lieu! Quelques semaines plus tard, une petite tête grise qui se levait pendant de brefs instants un peu au-dessus de la dépression du nid. En juin, le jeune se dressait sur ses pattes et commençait à battre des ailes avec vigueur. Et maintenant, la longue attente... Plusieurs fois déjà, j'avais pensé que l'oiseau allait perdre l'équilibre et se fracasser 150 m plus bas au pied de la falaise. Mais il est devenu prudent, le "petit", et fait ses exercices de vol face à la paroi. Or, aujourd'hui, quelque chose est différent. L'oiseau semble nerveux, impatient, agité. De plus en plus souvent, il oublie le risque et se met face au vide. Enfin, après quelques battements puissants des ses ailes plus larges que celles des adultes, je crois voir un reflet dans son oeil qui traduit un instant de détermination. Il se baisse pendant une fraction de seconde et saute dans le vide! Ce fut un acte délibéré, pas un envol accidentel comme il arrive si souvent dans le monde des grands rapaces. Cet envol, non, il n'avait rien de majestueux. Le jeune virevoltait plutôt comme une feuille morte en battant des ailes d'une manière incontrôlée avant de tomber dans les herbes heureusement assez hautes pour freiner son impact. Un véritable atterrissage de fortune. Néanmoins, le moment restera gravé dans ma mémoire. Je sais que 200 m plus loin, un observateur professionnel était censé regarder le même spectacle que moi. L'a-t-il vu comme moi ? Ou est-ce que la chaleur, un insecte impertinent, un moment d'inattention l'ont empêché d'approcher ses yeux du téléscope au bon moment ? Peu importe, mais il y a des moments dans la vie que l'on n'aimerait manquer pour rien au monde. On oublie caméra et appareils photos, tétanisé par l'événement. Il n'y a qu'une chose qui compte: je l'ai vu ! D'autres gypaètes naîtront chez nous, ceci semble acquis maintenant, mais celui-là, je l'ai vu partir...!
Et maintenant ? Trois semaines plus tard, le jeune oiseau a déjà une dextérité incroyable en vol. Il se joue des éperviers et buses qui le houspillent et passe même à la contre-attaque. Certes, il est encore dépendant de la nourriture que les adultes lui apportent ... de moins en moins souvent. Il finira par les suivre dans leurs perégrinations quotidiennes pour apprendre comment on trouve un animal mort en se laissant guider par le chahut des corbeaux et chocards.
Et alors ? Eh bien, Paul Géroudet avait donc raison. La preuve est faite qu'un couple de gypaètes peut se reproduire chez nous malgré toutes les embûches de notre ère moderne. Grâce à un travail patient de
persuasion, les responsables de ce projet international de réintroduction sont parvenus à réduire considérablement le danger de braconnage dans les régions où ces oiseaux sont lâchés. Mais ne crions pas encore victoire. Il subsiste assez de dangers pour que la réussite de cette action demeure hautement aléatoire encore pendant longtemps: des câbles de haute tension et de remontées mécaniques menacent partout, et il est difficile de convertir tous les fous de la gâchette et du poison anti-"nuisibles" dans un périmètre aussi vaste que les Alpes. Jusqu'à ce qu'une vrai population indépendante se soit établie sans que l'on soit obligé de la soutenir par des apports réguliers de captivité, beaucoup d'eau coulera encore sous les ponts de Genève.
Et après ? L'homme osera-t-il faire le pas suivant qui semble si logique après le bouquetin, le castor, le lynx et le roi de nos cimes ? Pourra-t-on trouver un consensus assez large dans nos populations pour permettre le retour de l'ours et du loup ? Il est vrai que les mentalités évoluent. Mais c'est un processus très lent qu'il faudra accélérer par une éducation à tous les niveaux. Tout le monde doit essayer d'y contribuer... modestement mais avec détermination....
Historique
Le dernier Gypaète alpin avait été tué au début de ce siècle dans le Val d'Aoste (FCBV 1997), la dernière reproduction certifiée remonte probablement aux années 1880. Plus de dix ans après le début de l'ambitieux projet de réintroduction de l'espèce, le couple qui s'était formé en 1993 en Haute-Savoie a enfin réussi à élever un jeune en liberté. Il s'agit des oiseaux qui avaient déjà tenté une nidification en 1996 (LÜCKER 1997), mais abandonné la couvée après trois semaines. Le mâle est très probablement un oiseau né à Innsbruck en 1988, appelé Melchior et lâché non loin du site de reproduction. La femelle peut être identifiée avec certitude: il s'agit de l'oiseau Assignat, originaire du Zoo de la Garenne à Le Vaud/VD. Elle avait été lâchée en 1989 au même endroit.
De novembre 1996 jusqu'en octobre 1997, j'ai passé 72 jours dans la région où se trouve l'aire des oiseaux, aire déjà construite au printemps 1993, huit mois avant que j'observe les premiers accouplements. Pendant cette période, j'ai comptabilisé 280 h de contact avec les oiseaux.
L'après-midi du 24.novembre 1996, malgré des dérangements répétés par des parapentes et avions de tourisme, les oiseaux s'accouplent. En décembre, ils effectuent souvent des vols synchrones, chassent avec férocité les aigles royaux (Aquila chrysaetos) qui empiètent quelquefois sur leur territoire et recommencent à recharger leur aire. De plus, ils passent beaucoup de temps sur ou près de leur aire à se nettoyer mutuellement le plumage de la tête ("allopreening"). Mais ce n'est que le 12 janvier 1997 que je vois à nouveau un accouplement, curieusement à moins de 20 m d'un jeune Aigle royal posé. Cet "exhibitionnisme" était probablement une manifestation d'ordre territorial. D'autres accouplements suivent le 29 janvier, ainsi que les 1, 2, 8 et 9 février. Les oiseaux, surtout le mâle, s'attaquent à tout Aigle, Buse(Buteo buteo) ou Grand Corbeau (Corvus corax) près de leur aire, même des Corneilles (Corvus corone) et Chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) deviennent la cible de leur ire. La météo de la semaine du 10 février est très perturbée. Il n'y a pas de signe de nidification et le doute s'installe. En 1996, le premier oeuf avait été pondu entre le 7 et 10 février. La date limite semble atteinte.
Enfin, le matin du 16 février 1997, une épaisse couche de neige poudreuse recouvre les montagnes sous un ciel serein... et je découvre à nouveau une petite tache noire au bord du nid: le bout de la queue du mâle qui couve pendant que la femelle tourne de temps en temps à l'horizon. Pendant 8 semaines, je vois très peu les oiseaux qui sont devenus très discrets. Ce n'est qu'en fin de matinée en général que l'on peut les apercevoir brièvement lorsqu'ils se relayent, en principe entre 10 et 12h. Peu avant l'éclosion du jeune, nous avons quelques frayeurs; en effet, des manoeuvres militaires se déroulent à 600 m de l'aire: avec héliportage de troupes sur le sommet de la montagne pendant toute une matinée. Enfin, selon l'Agence Pour l'Etude et la Gestion de l'Environnement , l'éclosion a lieu le 11 avril (APEGE 1997). Le 12, je suis sur les lieux et assiste à un nourrissage juste avant midi. Pendant les trois premières semaines, les adultes nourissent le poussin toutes les 75 à 110 minutes, mâle et femelle continuent à se relayer, mais sauf exception, ce n'est que la femelle qui donne la becquée au petit. Ces nourrissages ne durent que 5 à 13 minutes au début, pour devenir plus longues ( 15 à 28 min.), mais aussi beaucoup plus espacées au mois de mai. (Le 15 juin, un des repas a même duré 53 minutes). Le 3 mai, le mâle a nourri le jeune deux fois, la femelle étant absente pendant plusieurs heures.
Le 2 mai, les collaborateurs de l'APEGE, qui observent le nid à une distance de 350 m, voient le poussin bouger pour la première fois (APEGE 1997). Posté à 800 m, je dois attendre le 17 pour voir une petite créature couleur gris poussière étirer ce qui va devenir plus tard des ailes d'une envergure d'environ 2,60 m. Le 31 mai, c'est la dernière fois que je vois un adulte passer la nuit avec le jeune au nid. Au petit matin du 15 juin, il se trouve seul dans l'aire.
Pendant l'été, les personnes qui surveillent le jeune n'ont pas trop de problèmes. Le temps froid et humide de juillet dissuade la plupart des promeneurs, et ce n'est qu'en juin et au mois d'août qu'on voit de temps en temps un montagnard descendre des sommets par une pente dangereuse et souvent glissante à 350 m de l'aire. Les adultes ne sont pas aussi craintifs que des Aigles royaux et supportent ces dérangements occasionnels tant bien que mal, moins bien en tout cas que les parapentes qui décollent parfois à la verticale de l'aire! Fin juillet, les apports de nourriture au nid deviennent plus rares (souvent, plus qu'un seul par jour), et le 5 août à 9 heures du matin, seul un adulte se pose pendant quelques secondes à côté du jeune, dont les exercices de vol sont devenus de plus en plus frénétiques ces derniers jours. A cause du danger de perte d'équilibre, l'oiseau avait en général pratiqué ses ébats face à la falaise. Les parents restent présents sur le site, mais ne reviennent plus au nid. A 13.23 h, après de longues hésitations, le jeune se met face au vide et s'élance finalement et délibérément dans les airs... pour atterrir moins de 10 secondes plus tard dans l'herbe haute après avoir effectué une descente virevoltante comme une feuille morte. Comme par hasard, un Aigle royal passe peu après et se voit violemment pris en chasse par Melchior. Ce jour-là et le lendemain, notre jeune "Phénix" ne volera plus et préférera la promenade et l'escalade au transport aérien, mais le matin du 7 août, les vrais exercices de vol débutent. D'abord brefs et pas toujours très réussis (1 à 5 minutes par vol, 5 à 13 minutes par jour), ces vols se multiplient vite. Après le 15 août, l'oiseau vole jusqu'à environ une heure par jour, jusqu'à 18 minutes d'affilée le 20. Un seule fois, le 19, il se pose à nouveau sur l'aire, mais ceci devait rester anecdotique. Il choisit très vite un perchoir nocturne à environ 200 m de distance, perchoir déjà fréquemment utilisé par ses parents. Le 27 août, Phénix partira pour la première fois avec ses parents en quête de nourriture de l'autre côté de la vallée (J.Heuret, comm.pers.) et le 31, je le vois revenir en direction du nid à 1,5 km de là. Dès le 19 août, il prend goût au jeux aériens avec les Chocards qui le houspillent et tous les petits rapaces diurnes de la région. Il passe souvent de longs moments en joutes avec Eperviers (Accipiter nisus), Buses variables, Faucons crécerelles (Falco tinnunculus) ou un Busard des roseaux (Circus aeruginosus) migrateur.
Fin septembre, à l'époque du brame des cerfs, je vois le jeune seulement en fin d'après-midi lorsqu'il rentre au perchoir nocturne entre 16.15 et 17 h.
Le matin, il est perché à 200 m des adultes qui - contrairement à leurs habitudes - partagent maintenant la même vire. Parfois, ce n'est qu'à 9, ou même 10 h du matin, que les oiseaux s'envolent un par un; je ne les ai jamais vu parcourir une grande distance à trois. Début octobre, Phénix commence à "découcher" et on le voit à des endroits assez éloignés comme au Col de Bretolet/VS (C.Schönbächler, comm.pers.). Le 8, les adultes sont en train de ramasser des matériaux de construction qu'il apportent dans une cavité à 200 m de l'aire. Le 18, je vois le jeune au perchoir nocturne pour la dernière fois. A la fin du mois, il ne revient plus, mais on l'aperçoit dans une chaîne de montagne voisine à moins de 10 km du nid (J.Heuret, comm.pers.).
Une page s'est donc tournée. Paul Géroudet avait raison: un siècle après sa disparition, le Gypaète barbu est à nouveau capable de survivre et de se reproduire dans les Alpes. Mais il est encore trop tôt pour crier victoire. Le récent braconnage de la femelle Républic 5 (lâchée en Haute-Savoie en 1993) près de Crans-Montana/VS démontre bien que le sort des oiseaux réintroduits et nés sur place continuera à dépendre de moult facteurs: de l'évolution des mentalités dans la population, mais aussi du paysage (lignes à haute tension, remontées mécaniques) et, localement, du cheptel des ongulés sauvages et domestiques. La question à laquelle personne ne peut répondre avec certitude est surtout de savoir de combien de couples reproducteurs une population saine a besoin pour pouvoir survivre à long terme sans être tributaire d'apports artificiels, qu'ils soient ponctuels ou réguliers. Il est à espérer que le financement de ce projet d'envergure permettra sa continuation pendant encore une, voire deux décennies.
Premier postscriptum:
Des gypaètes et des hommes
Réintroductions - L'ornithologue romand Paul Géroudet a été remercié pour son engagement en faveur des espèces en danger
A l'âge de 82 ans, le célèbre naturaliste genevois Paul Géroudet vient de recevoir une distinction peu commune. Un jeune Gypaètes barbu, né le 4 mars au zoo de Prague et relâché le 14 juin à l'alpage de Doran au-dessus de Sallanches en Haute-Savoie, a été officiellement baptisé « Pablo », en hommage à l'effort du savant suisse qui avait initié la réintroduction de cette espèce dans les Alpes en 1973.
Ornithologue, homme de terrain, pédagogue et philologue, cofondateur de la Société zoologique de Genève, Paul Géroudet est l'auteur de la plus grande série de livres en français consacrés aux oiseaux d'Europe, ce qui lui a valu le titre de Docteur honoris causa des universités de Genève et de Neuchâtel. Pendant plus de 50 ans, il était le rédacteur principal de la revue « Nos Oiseaux », devenue grâce à lui un des trois grands périodiques ornithologiques francophones de renommée internationale, dans laquelle il a publié plus de 400 articles, notes et chroniques saisonnières de sa propre plume. Infatigable défenseur de la nature et des espèces menacées, Paul Géroudet lança avec son ami français Gilbert Amigues l'idée de réintroduire des gypaètes barbus, disparus depuis le début du siècle, dans les Alpes haut-savoyardes près de Genève. Ce qui était alors un rêve que d'aucuns taxaient de farfelu ou fou, est aujourd'hui devenu réalité.
Dans quatre endroits différents dans la chaîne alpine, (en Haute-Savoie, au Parc national Mercantour-Argentera dans les Alpes maritimes, au Parc national suisse/ GR et dans les Hohe Tauern en Carinthie/Autriche) on relâchera cette année huit jeunes gypaètes nés en captivité qui prendront leur envol en juillet comme les 90 autres congénères mis en liberté depuis le début du programme en 1986. Malgré quelques cas déplorables de braconnage, le projet a connu les premiers succès : depuis 1997, un couple de ces oiseaux majestueux se reproduit régulièrement près de Genève. Deux autres couples nourrissent des jeunes sur sol italien au sud de notre Parc national. De plus en plus observations nous viennent des Alpes romandes, et même du canton de Genève ou du Jura vaudois !
Dans le cadre d'un programme Life Nature cofinancé par l'Union européenne, on tentera notamment d'identifier et de réduire les facteurs de mortalité (lignes électriques, câbles,) et de perturbation (activités de loisirs) qui mettent encore en danger la réussite globale du projet. De plus, il s'agira d'étudier les potentialités alimentaires d'origine domestique et sauvage pour ces oiseaux et, si possible, favoriser leur extension.
Les jeunes oiseaux, plus grands qu'un aigle royal, mais de la même couleur brunâtre, sont systématiquement marqués par la décoloration (en général asymétrique) de certaines rémiges et rectrices. Ces marques, souvent visibles à l'½il nu, constituent en quelque sorte la plaque d'immatriculation de chaque oiseau, jusqu'à ce qu'il ait perdu toutes ces plumes au cours de la mue au bout de deux ans. Grâce à elles, on peut suivre les pérégrinations souvent complexes des jeunes oiseaux émancipés qui sillonnent nos montagnes pendant des années avant de se cantonner dans un secteur qui leur convient.
De l'avis de Paul Géroudet, l'homme a simplement essayé et réussi à réparer une faute commise par ses ancêtres qui avaient éliminé de l'arc alpin un charognard inoffensif et utile, croyant que ce géant ailé impressionnant s'attaquait au bétail, au gibier et même aux nourrissons ! Il reste à espérer qu'un jour, une population de gypaètes viable sans apports artificiels se sera constituée et que l'homme puisse considérer la réintroduction de cette espèce comme un chapitre clos.
Genève, printemps 2000
Postscriptum en bémol:
Encore un Gypaète barbu victime de la bêtise humaine
Les conflits directs et indirects avec l'homme sont une menace sérieuse pour tout le projet.
Un nouveau cas de braconnage de Gypaète a été reporté des Alpes Maritimes ! - "Mounier", un
gypaète né au zoo de Dresden/RFA et lâché en 1993 dans le Parc national du Mercantour, a été retrouvé mort par un pêcheur le 11 mars dernier sur la commune de Bollène Vésubie. Un premier examen radiologique a permis de détecter la présence de deux plombs, assez gros, l'un au niveau des vertèbres cervicales et l'autre de l'abdomen ! Après quelques incursions dans le massif des Ecrins, Mounier fut observé à plusieurs reprises dans celui de l'Argentera-Mercantour, où il s'était sédentarisé. Il avait atteint l'âge adulte et portait tous les espoirs d'une future reproduction.
Depuis le début du programme international de réintroduction du gypaète barbu dans les Alpes en 1987, il
s'agit au moins du cinquième cas de braconnage; plusieurs autres disparitions sont difficiles à expliquer
autrement. En Suisse, on se souvient encore de l'abattage d'un autre oiseau adulte, REPUBLIC 5, à
Crans-Montana.
Selon l'organisation ornithologique romande Nos Oiseaux, et le réseau Gypaète & Alpes romandes, les
observations récentes de ces charognards ont été peu fréquentes en Valais. Quelques oiseaux ont été
recensés en automne sur les Dents-du-Midi, dans la région du col du Sanetsch près de Derborence, au
barrage du Zeuzier et au col de Cou/Bretolet au-dessus de Champéry. La plupart étaient des “ voisins ” venant
de la Haute-Savoie, mais un de ces géants ailés était Veronika, jeune oiseau lâché en 1999 au Parc National
Suisse dans les Grisons ! Elle avait donc fait un voyage de plusieurs centaines de kilomètres en quelques
semaines.
La survie de ces oiseaux majestueux et la réussite de ce projet ardu et coûteux dépendra surtout de la mortalité
non naturelle des gypaètes. Si trop d'individus disparaissent, victimes de braconnage ou de collisions avec les
nombreux câbles qui sillonnent les Alpes, il est à craindre que la fécondité des quelques rares couples qui ont
commencé à se reproduire dans l'arc alpin, ne suffira pas à compenser les pertes. Une lueur d'espoir quand
même : un couple est en train d'élever son quatrième poussin en quatre ans. Une belle réussite qui témoigne de la faisabilité du projet - si l'homme le veut bien !
Bibliographie
APEGE (Agence Pour l'Etude et la Gestion de l'Environnement) (1997): Communiqué de presse - Reproduction in natura de Gypaètes barbus dans les Alpes françaises.
FCBV (Foundation for the Conservation of the Bearded Vulture) (1997): Le Gypaète dans les Alpes. Wien.
LÜCKER,L.(1997): Première tentative de nidification d'un couple de Gypaètes barbus Gypaetus barbatus issus de réintroduction dans les Alpes et remarques comportementales. Nos Oiseaux 44:
Lutz Lücker, 5,chemin du Fort-de-l'Ecluse, CH-1213 Petit-Lancy